Disclaimer : cet article est une réponse-contribution au débat lancé suite à l’article de Frédéric : Intelligence économique et veille : avenir et devenir. Il s’agit de ma propre vision alimentée entre autres par mes quelques pérégrinations limitées dans l’univers de l’intelligence économique et de la veille en France, qu’il soit académique, professionnel, ou institutionnel.
Je vais prendre comme point de départ ou fil rouge l’image utilisée dans l’article de Frédéric, celle de la boule de billard, la noire. Si je considère les couleurs, nous sommes bien en présence d’une dualité : NOIR vs BLANC. Cette dualité, matérialise selon moi l’état de ce que c’est l’intelligence économique en France aujourd’hui.
- Une dualité dans les approches : Défensive VS Offensive / Public VS Privé / CAC40 VS PME / Gratuit VS Payant
- Une dualité de terrain : Espionnage (industriel, économique ou autre) VS Démarche « légale ».
- Une dualité dans les intervenants : Techniciens-Praticiens VS Théoriciens
- Une dualité dans les populations : Jeunes VS Seniors ou encore Militaires/Renseignement VS Le reste (conseil, documentalistes…) tout comme Gens du terrain VS Ceux des tours en marbre ou encore Terrain VS Web
- Une dualité dans les niveaux d’intervention : Directions Générales VS Directions fonctionnelles ou de fonctions support
Cette dualité constitue à mes yeux l’une des caractéristiques de cette « chose qu’est l’intelligence économique à la française ». Et c’est bien cette dualité, ou cette approche binaire qui est à l’origine de plusieurs confrontations pour ne pas dire affrontements. Alors que en prenant un peu de recul et d’hauteur, il est facile de s’apercevoir que les propos de Martre dans les années 90 ou encore d’autres publications depuis les années 70-80 ont déjà posé les bases de ce qu’il est utile de faire, de comprendre et de mettre en oeuvre. Les commentaires à l’article de Frédéric le matérialisent de manière très parlante, tout comme le cercle qui coupe la balle de billard en 2 demi-sphères
Cette logique de confrontation est évidemment contre-productive voire destructive. Des partenariats qui ne durent pas, un marché qui n’évolue pas, un modèle non exportable car unique à part dans les anciennes colonies ou quelques pays francophones limitrophes.
L’une des pistes envisageables pour aller au-delà de ces clivages est de s’engager dans une démarche de négociation et d’échange durable, en évitant le revers des cercles fermés et autres constellations d’intérêts et groupuscules d’affinités trustés.
Ce qui permettra, entre autres, (j’utilise le futur en parlant du long terme
) de :
- diminuer le nombre des formations veille/IE étant donné qu’il y’en à plus de 50, ce qui fait de la France une exception dans son genre !
- améliorer la qualité des formations et d’optimiser les chances de recrutement des jeunes diplômés
- descendre un peu des nuages et mettre les pieds par terre pour éviter enfin d’entendre des étudiants en entretien dire « je veux faire de l’analyse stratégique » et que le discours des intervenants soit plus proche des réalités des entreprises et de la réalité économique : salaires à payer, charges, trésorerie…
- se rapprocher des métiers des entreprises et éviter les masturbations intellectuelles qui ne font que traumatiser les clients, grands ou petits. Car il est évident aujourd’hui que prononcer « intelligence économique » face à un dirigeant d’une petite structure, ça fait peur et il ne voit rien de concret derrière : ni génération de chiffre d’affaire ni économie d’argent.
- éviter les guerres de chapelle entre courants, écoles, syndicats, car rassurez vous, les gens qui s’identifieront à ce que vous proposez, iront taper sur votre porte directement ! L’inverse est aussi vérifiable.
- proposer des offres d’emploi / de stage plus réalistes et conformes au terrain. Dans le style « Mise en place d’un dispositif de veille stratégique » pour un stagiaire en 6 mois chrono !
Si je reviens à la balle de billard, vous verrez bien que la superficie noire est beaucoup plus importante que celle blanche. Ceci je l’interprète plutôt comme une lumière dans une jungle noire
Il y a encore de l’espoir et des marges de progression sur ce domaine, et donc il y a beaucoup à faire : pédagogie, preuve par le résultat, essaimage, apprentissage, sur base d’humilité et de professionnalisme. Raison de cet optimisme : la surface blanche se trouve en haut de la balle. Cette position je l’interprète comme une invitation à prendre la problématique non par le petit bout de la lorgnette, mais plutôt par l’hauteur et dans sa globalité. Ceci évite les confrontations inutiles et stériles et permet de mettre autour de la même table les différentes parties prenantes.
Je continue avec la balle de billard pour m’attarder sur sa forme : sphérique, sans angle, arrondie. Ce qui veut dire selon moi que nous intervenons dans un environnement en équilibre mouvant et non stable et que la réussite dépend de la capacité d’adaptation et de réaction de chacun et de tous. Vouloir à tout va « normaliser » peut se révéler à terme inefficace. Les anglo-saxons parlent plutôt de standards et non plus de normes : plus souples, plus flexibles et dynamiques.
A la lumière de ces éléments, sans pour autant m’attarder sur les raisons historiques, culturelles, économiques et politiques, il est évident que le débat sur l’intelligence économique n’est pas prêt de s’arrêter. Ceux qui veulent faire avancer les projets et les réflexions le feront malgré les difficultés en puisant dans leur volontarisme. Après, faut laisser la loi du marché faire son travail et le temps faire sa sélection naturelle
A vos commentaires et longue vie au débat !