J’ai le plaisir d’accueillir aujourd’hui, dans le cadre des Journées Porte Ouverte, un jeune diplômé de l’ICOMTEC, passionné des Technologies Nouvelles et de Politique : Julien GARDERON. Dans cette tribune, une première de ce genre dans ce blog, Julien aborde la notion d’extimité, à partir d’un angle inédit : celui de la politique. Je vous laisse découvrir donc cette première partie, la deuxième sera disponible à partir de mardi prochain. Et comme d’habitude, la tribune est ouverte pour vos commentaires, interrogations et critiques… soyez indulgents me glisse-t-il dans l’oreille
L’extimité: le pain et les jeux contemporains
L’écosystème de Mme Guigou
« Mon écosystème » note, en tête de gondole, Elisabeth Guigou sur son blog. Sous la présidence de François Mitterrand, elle sera une des principaux diplomates envoyés au front pour négocier le traité de Maastrich, comme Ministre déléguée aux Affaires Européennes. Les mots, cette ex de l’ENA connait: elle ne se laisse pas reprendre. A raison. Mais alors quel est cet environnement qu’elle affiche ?
Son écosystème renvoie à son flux Twitter (peu personnalisé, les messages ont tous un rapport à son activité politique, où l’on devine son collaborateur), à son compte Dailymotion (ses interventions en séance principalement), Facebook (c’est à la mode de mettre son profil de badge) ou encore son « profil sur le site de l’assemblée » -sa page de présentation-, et le flux RSS du site.
Rapprochons maintenant ces quelques éléments de la définition d’écosystème:
« Un écosystème comprend un milieu, les êtres vivants qui le composent et toutes les relations qui peuvent exister et se développer à l’intérieur de ce système.
L’écosystème est la plus grande unité d’étude de l’écologie, elle peut même s’appliquer à la terre qui peut être considéré comme le plus gros écosystème terrien contenant toute la vie sur la planète terre.
Un écosystème est composé de deux éléments la biocénose qui est l’ensemble des êtres vivants et le biotope qui est le milieu. L’écosystème est un ensemble de vie équilibré, autonome, stable et complexe. »
Peu importe la source ici: nous retiendrons la dernière phrase. Car au fond, le terme est plutôt bien choisi par Elisabeth Guigou et son équipe.
Internet est encore bien (trop) souvent vu par nombre de responsables publics comme un canal de diffusion à sens unique… ou entre personnes de même tendances. Pas que des politiques, mais le parallèle est trop beau pour ne pas dériver tranquillement sur l’extimité. Oh certes, il y a toujours des enquiquineurs à venir commenter, des « pour » et des « contre ». Mais un blog, c’est chez soi: la porte d’entrée de ce que l’on dit, ce que l’on lit, ce que l’on suit. Cela ravit le militant et donne l’image du général qui contrôle ses troupes à l’extérieur, qui les étale en montrant au monde le nombre de ses fidèles qui le follow. Inconsciemment ou non, elle a reproduit là le rêve ultime du politique qu’est une communication dans une sphère clos grâce à Internet. Doux paradoxe… Un parallèle peut-être plus frappant: en campagne, le candidat ou l’élu est entouré de son équipe et de ses soutiens. Un candidat ou un élu ne voit jamais les discours enflammés de ses opposants dans leurs réunions publiques. Peut-être veux elle retrouver ici cette zone de confort de parler sans opposition marquée?
La représentation d’un tel écosystème, de ses échanges, de sa complexité, peut être ces cartes qui dessinent les liens entre des sites. Des renvois de pages en pages qui construisent à travers des points d’accès généralistes -des sites d’information ou des blogs d’observateurs-, comme des ponts entre des sphères qui ne se rejoignent jamais. La biocénose est ici l’ensemble des sites qui vive sur un biotope fait de serveurs et de services. On se suit, on s’épie et même parfois on se commente… par voie de presse, pas sur le net.
Ma première vision de l’extimité est celle-ci: montrer à ceux qui vous acceptent complètement, sans vous remettre en question. Ils doivent vous suivre sur tous les supports, accepter le message en l’état. Dans un tel environnement, un tel écosystème, tout est calibré et mis en scène. L’image de l’intime exposée et contrôlée: c’est bien l’extimité, version politique. La peoplisation, les personnalisations sont des reflets de ce qui se joue peut-être dans l’inconscient de nos décideurs et qui se traduit d’une manière nette et simple sur Internet. J’avance ici, profitant d’être dans une tribune libre, que ce reflet n’est en rien créé par le média mais facilité par lui. Permettant d’avantage, il encourage ce que je suppose être plus ou moins la tendance chez tout homme. Les simples badauds ne sont alors, sur le blog d’Elisabeth Guigou, que d’avantage sous l’admiration de celle qui se dévoile et dévoile ses combats au monde, sans opposition apparente.
Le jeu du bon peuple internaute
Quittons la sphère politique quelques instants.
Je fais un pari: être absent sur les réseaux sociaux tout en maîtrisant parfaitement l’outil deviendra un must pour un professionnel. On prouve à la fois son détachement et sa capacité à faire. On protège aussi son image de photos ou pseudos compromettants, une certaine distance « classieuse ». De toute façon un vrai professionnel ne fait pas: il conseille. Éventuellement il peut avoir fait, comme le général a de hauts faits d’arme de corps-à-corps, mais jamais au moment où il est général. Il se bat oui, mais dans l’ombre des soldats qu’il mène à la victoire et de ses propres conquêtes.
« Je peux mais je ne le fais pas » ou le comble du luxe dans une société où l’envie est synonyme d’impératif. Digression teintée d’ironie qui me permet de résumer en creux le concept d’Apple.
Le MacBook est cher et est un vulgaire ordinateur portable mais il est utile à mon développement et le développement de mon image personnelle vers l’extérieur.
L’iPhone 4 fait la vidéo et même visiophone: peu importe si les autres téléphones portables le font depuis des années, je dois changer l’ancienne version, qui passe en quelques instants à l’antiquité. Parce que je suis la tendance de la représentation de la modernité, pas l’innovation véritable.
L’iPad ne sert à rien mais c’est joli et super marrant quand on passe son doigt sur l’écran.
Bref j’ai des produits Mac: j’appartiens donc à la caste Mac. J’ai mieux compris que le quidam moyen qui a un produit d’une autre marque et qui ne peut pas connaître le must de ce qui se fait en informatique, pauvre idiot qu’il est.
J’exagère mais à peine, sauf peut-être pour quelques aficionados qui ne manqueront pas de réagir. Apple est une entreprise comme les autres, et comme toutes les autres le charme risque de prendre fin un jour. A part le Nutella, rien n’est éternel m’a dit un jour un proche ami.
Vous me direz quel est le rapport avec l’extimité? Tout! Ou presque.
Apple a le mérite d’avoir remis au goût du jour par l’iPhone deux choses essentielles, délaissées par l’OS mobile de Microsoft, qui faisait plus ou moins le gros des ventes jusqu’alors: l’installation de paquet par le réseau, facilitant l’installation de logiciels à la volée (et donc à la liberté de l’usage par le réseau de téléphonie mobile) et une interface utilisateur riche mais simple et ergonomique. Il a lancé médiatiquement (et non techniquement) un mouvement, aujourd’hui repris par d’autre comme Droid de Google.
Cela n’a l’air de rien mais le téléphone portable était déjà un relais mobile depuis quelques années déjà de notre intimité: carnet de contacts, SMS, appels, photos, sons, vidéos, et la possibilité permanente d’être joignable. L’utilisation d’un téléphone permettant de joindre de manière ludique et efficace les réseaux sociaux ont brouillé des lignes claires entre vie privée et publique non plus seulement pour des personnalités publiques, mais aussi pour des citoyens lambdas comme vous et moi.
Le réseau social est alors à prendre sous deux angles:
- un partage facile avec ses contacts pour l’utilisateur,
- une création de contenus pour le propriétaire du service.
J’y reviendrais dans le point suivant, sur une construction économique qui s’en est suivie.
Nous pouvons désormais non plus seulement faire un broadcast one-to-one avec notre téléphone mais également (et principalement ?) one-to-all. L’intimité mobile devient l’extimité nomade. On donne à voir par moment, des messages courts ou des contenus multimédias, ce qui nous entoure. Ces morceaux s’assemblent pour donner l’illusion d’une vie qui serait intégralement retranscrite. Mais qui ressemble d’avantage à celle vue à travers les films, où les acteurs ne vont jamais aux toilettes, ne montrent pas certaines souffrances, et ignorent superbement une réalité physique (ou économique).
Par nos commentaires, par nos réactions, nous donnons à ces contenus une valeur symbolique forte de notre appartenance à une communauté (je suis ici, j’achète ceci, je partage cela) et une autre symbolique toute aussi forte d’être car l’on est dans une dynamique d’actualité permanente chez nos contacts et plus largement les internautes, à savoir deux facettes distinctes que sont le buzz pour l’ensemble du web et le stream pour nos contacts.
J’avoue qu’Apple était ici un exemple parfait pour entrevoir la possibilité qu’il a offerte, existante auparavant mais réservée à une élite technophile. Et bien sûr mettre en avant une certaine dérive commerciale loin des messages modernistes de la firme, ce qui me permet une parenthèse critique sur l’agressivité de sa communauté, Steve Jobs en tête.
La suite la semaine prochaine !