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Oui, Twitter est un nid à rumeurs et fausses informations, tout comme les autres médias !

Twitter a le mérite depuis quelques années de remettre en cause les paradigmes classiques de transmission/réception d’information entre les médias et le public, et notamment à travers sa vitesse de réaction. Fini le temps (ou presque) des chaines de validation en interne pour arrondir les angles et ne pas heurter les masses, en situation de gestion de crises. Mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Et à ce niveau, Twitter n’est pas seul à être moteur de propagation, en tant que plateforme, des rumeurs et des fausses informations. Les médias classiques (TV, Radio & Presse) sont aussi autant responsables de cette situation.

Une récente étude (PDF) menée par des chercheurs du IBM Research Labs à Delhi, a analysé un corpus de près de 8 millions de tweets relatifs aux attentats du Marathon de Boston. Et les résultats sont révélateurs à plus d’un titre :

  • 29% des tweets les plus viraux et partagés étaient des rumeurs ou des fausses informations, ou encore comportant des liens vers des spams ou vers des contenus fake.
  • Plus de 50% des tweets étaient des commentaires génériques et des opinions, sans description factuelle.
  • Près de 20% seulement des messages publiés sur Twitter contenaient des données vérifiées, fiables et factuelles.
  • Quasiment les 3/4 des faux messages et des rumeurs publiées sur Twitter l’étaient à travers les applications mobiles.
  • Les comptes de personnalités, de stars et autres noms avec un grand nombre de followers (et surtout des comptes vérifiés) étaient les principaux moteurs dans la propagation et la rediffusion des fausses informations et rumeurs.
  • Sur les 5 premiers jours suivant l’évènement, près de 32000 comptes ont été créés pour diffuser du contenu à ce sujet, dont 20% étaient rapidement supprimés/bloqués par Twitter puisqu’il s’agissaient de spam et de faux comptes.

Fake Tweets

Ces résultats nous amènent à remettre en perspective plusieurs éléments de notre démarche informationnelle, basée en partie sur les réseaux sociaux comme source, et notre manière de réagir en cas d’évènements critiques.

Il est clair que le ratio signal/bruit est très faible par nature sur Twitter, mais il l’est encore plus en cas de crise et d’évènements à haut potentiel critique (catastrophe naturelle, attentats, guerre, etc). Toutefois, ceci n’est pas seulement typique et caractéristique de la plateforme à 140 caractères. Même les médias classiques n’y échappent pas.

Prenez l’exemple de CNN, Fox News ou encore Associated Press qui sont tombés dans le piège dès les premières minutes de cacophonie, lors des attentats de Boston. Idem pour BFM, i-Télé et France 3 lors des évènements de Toulouse en 2012. Et ça remonte même plus loin, avant que Twitter devienne le chouchou des journalistes et des internautes. Prenez l’exemple du massacre de Columbine ou encore des attentats du 11 septembre : fausse identification des assaillants, faux liens de parenté, faux liens d’appartenance à des groupes/communautés, déclarations de vue de missiles à la place des avions, de fausses explosions, etc.

Même le naufrage du Titanic n’a pas échappé à la publication de fausses informations et de rumeurs, comme vous pouvez le voir dans cet extrait du New York Times du mois d’avril 1912.

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Et les exemples sont encore plus nombreux, ce qui ne fait que confirmer que pour Twitter, il s’agit bien d’un amplificateur et d’une caisse de résonance d’un comportement individuel et collectif caractéristique des situations de crise. Réagir avec rapidité est louable, mais avec fiabilité l’est encore plus. A moins d’être équipé/formé pour naviguer en courants dangereux, il vaut mieux s’abstenir ou du moins apprendre et se former avant de se jeter.

C’est dans ce sens que les réactions officielles récentes lors de ce genre d’évènements sont de plus en plus appropriées, après avoir pris la mesure de l’importance et des risques de la propagation et de la diffusion des rumeurs et des fausses informations. Lors de la fusillade au Washington Navy Yard par exemple, ou plus récemment lors des attentats de Nairobi, les autorités locales ont publié des messages sur Twitter pour inviter les gens à éviter de partager et envoyé des contenus non vérifiés. Car souvent, les autorités elles-mêmes, sont en manque de vision claire et d’informations fiables pendant ces premiers moments de panique générale.

Que faut-il faire alors ? Eviter la précipitation, poser les bonnes questions, augmenter sa dose de scepticisme, recouper les informations avec plusieurs sources, privilégier l’attente active à la participation passive en rediffusant les rumeurs et les fausses informations, en se contredisant chaque 2 tweets ou statuts Facebook. L’attitude « Tweet en premier, Pose ta question après » n’a pas lieu d’être dans ce genre de situations.

Par ailleurs, la confiance n’exclut pas le contrôle, et ce n’est pas par qu’une personnalité ou quelqu’un de reconnu a publié l’information, que ça vous empêche de vérifier et recouper, et surtout de poser les bonnes questions. Critique et bon sens avant tout !

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4 Posted on 27 octobre, 2013 by Aref JDEY

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