Les médias sociaux : c’est épuisant, c’est fatiguant, c’est stressant
Dans un contexte d’hyper-connectivité, de la course à l’attention et au temps de cerveau disponible, ainsi que la démultiplication des interfaces et lieux numériques de conversations, un phénomène assez récent commence à prendre de l’envergure : l’épuisement et la fatigue des médias sociaux.
Cette utilisation constante, régulière, du lever au coucher, des différents services génère un sentiment de fatigue, d’ennui et d’épuisement. Un sentiment qui ne s’arrête pas là puisqu’il est lui même générateur d’une forme de pression et de stress : l’attente d’une récompense et d’une reconnaissance, que ça soit à travers un like, un commentaire, un retweet, une réponse, un message, etc. Facebook, Twitter & Co deviennent en quelque sorte un système d’exclusion/inclusion sociale, tout comme l’étaient avant les vestes en cuir et les casquettes/pins dans les cours de récré, ou encore le compte Messenger.
Chacun se retrouve ainsi au croisement de plusieurs carrefours d’informations en même temps, avec d’autres repères spatio-temporels, engendrant une pression de réactivité et de présence. Et ceci dans un cadre privé/personnel comme dans un cadre professionnel. Notamment avec les mails consultés régulièrement même en période prolongée de vacances, à titre d’exemple (même si ça se justifie pour certains types de métiers, de postes et de responsabilités.)

Les études, expériences et témoignages sur ce sujet deviennent assez récurrents : 30 jours sans les médias sociaux, le stress généré par Facebook et Twitter, nouvelles pathologies, La Silicon Valley qui tire la sonnette d’alarme, etc. Même Gartner a mené ses propres études et enquêtes sur le sujet.
La foule devient ainsi pressante, le collectif pesant, et la machine s’auto-alimente : chaque individu prend de plus en plus de photos de ses déplacements, de ses plats, de ses rencontres, etc. tout en activant ses check-in, ses statuts et ses commentaires, partageant ainsi un journal de bord fourni, pour arriver au final, à une situation extrême, où ce même individu devient le spectateur de sa propre vie. Allant parfois jusqu’à des extrémités inquiétantes : ne pas être sur Facebook pourrait être interprété comme un signe de paranoïa et préfigurer votre caractère de psychopathe. Autrement dit, la norme Facebook devient tellement puissante et présente qu’il est désormais « nécessaire » de disposer de cette carte ou autorisation virtuelle pour pouvoir être sociable.
Plusieurs de mes contacts, ainsi que d’autres internautes, choisissent la voix des « vacances des médias sociaux » ou plus communément : « je fais un break de facebook » / « je désactive mon compte facebook », à la recherche d’une certaine solitude réparatrice, ou encore un rééquilibre de sa balance sociale. Le problème, c’est que l’ubiquité facebookienne est désormais une réalité. La machine ne s’arrête pas (sauf en cas de panne technique), même en votre absence. Du coup, ce break devient une habitude : activation/désactivation des comptes selon des fréquences plus ou moins régulières, pour des besoins et dans des circonstances variables.
Dans l’ouvrage de Sherry Turkle, Alone together, un témoignage de jeunes adolescents m’a interpellé par sa clarté et son réalisme : « à quoi bon s’acharner et fournir des efforts supplémentaires pour fournir une image reluisante de soi, vérifier si j’étais tagué ou pas dans telle ou telle photo, si j’étais avec tel ou tel camarade dans une déclaration checkin sur Foursquare, etc. Je veux être moi-même, avec mes défauts. C’est ça mon identité. Je ne veux pas jouer mon propre rôle. »
Ceci trouve aussi son origine, et pas seulement, dans la peur et la crainte du vide. Se sentir oisif, inoccupé, inactif devient une sorte de cauchemar, de situation à éviter absolument, même si ça passe par défiler des pages et des pages en consultant commentaires, statuts et photos. Malheureusement, c’est la mort du cyberflâneur qui s’annonce. Ainsi, dans une période où les personnes deviennent des marques, il est légitime de ne plus attendre une amitié de leur part mais plutôt un « service client ». Et Facebook offre bien ce service client à travers ces mécanismes de Like/Partage/Commentaire.
Quelles solutions d’accompagnement proposer ? Quelles pistes de sensibilisation offrir aux jeunes et aux moins jeunes ? Quel comportement équilibré adopter, surtout dans un contexte où ces services deviennent partie intégrée de plusieurs métiers et activités ? Plusieurs questions méritent d’être posées, soulevées et débattues très rapidement.
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merci pour ce billet.Juste rajouter la gestion des trolls
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J’ai supprimé mon compte Facebook la semaine dernière pour toutes ces raisons ! Malheureusement j’apprends que je suis asocial et psychopathe… Heureusement j’ai encore mon compte Twitter ^^
Oui, le problème de la fatigue, de l’addiction et du flou identitaire que génère l’utilisation intensive des médias sociaux est réel. A des degrés divers cependant. Facebook semble être au coeur du problème.
Il vient sans doute du fait que ceux-ci sont utilisés en régime consumériste, et offrent le meilleur moyen de satisfaire les pulsions générées par la pub et autres, donc un « picorage » permanent de l’internaute. Une caractéristique, et ce n’est pas un hasard, propre aux marchandises essentiellement substituables. Deux autres caractéristiques du bon produit, l’apparence et la compétitivité par rapport aux autres.
Dans cet univers, réduire la pression peut-être effectivement de couper à différentes du temps avec tous les réseaux sociaux. Ce qui deviendra sans doute l’objet de diverses formations et stages PNL, Rebirth, Shakra orienté TIC, etc qui rempliront les poches de petits malins…
« Communiquer pour exister » et finalement, attendre du groupe la reconnaissance sociale souhaitée. Un cercle récurrent et vicieux qui entretient une addiction peut-être dangereuse. Merci pour ce billet très inspirant.
Un bon résumé de la situation ! Avec notamment tous les acteurs en périphérie qui se greffent dans une logique opportuniste sur le sujet.
Merci pour le passage et la lecture !
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