L’infobésité, ce non-problème qui accompagne l’Humanité depuis des siècles

Le déluge de données ou encore l’infobésité (data déluge / information overload) sont devenus depuis quelques années le nouveau cheval de bataille des organisations, technophiles et surtout de beaucoup d’éditeurs logiciels, promettant avec leurs solutions de faire disparaitre ce problème.

Sauf qu’il y a un paramètre qui n’a pas été suffisamment pris en considération dans cette approche, c’est le fait qu’il s’agit d’un non-sens et d’un non problème, comme je l’ai expliqué précédemment. C’est une caractéristique intrinsèque qui s’aligne sur l’évolution de l’Humanité, à toutes les étapes : oralité, écrit, industrialisation, informatisation, etc.

Ainsi, Ibn Khaldun s’est plaint du « grand nombre de livres scientifiques » disponibles dans chaque discipline. Sénèque disait « L’abondance des livres est une distraction« . Leibniz qualifiait la croissance massive des ouvrages disponibles à son époque par « horrible« . Même L’Ecclésiaste mentionnait « Du reste, mon fils, tire instruction de ces choses; on ne finirait pas, si l’on voulait faire un grand nombre de livres, et beaucoup d’étude est une fatigue pour le corps. »

En 1550, Anton Francesco Doni, l’homme de lettres italien, affirmait ouvertement qu’il y avait, à son époque, « tellement de livres qu’il n’était même pas possible d’avoir le temps pour lire les titres. » De son côté, le philosophe tchèque Comenius employait l’expression « granditas librorum » pour qualifier ce déluge de données produites par l’humain, surpassant la capacité d’attention et d’absorption des individus. L’historien français Henri Basnage de Beauval préférait l’usage du terme « torrent » et Conrad Gessner qualifiât cette multitude de livres par « irritante« .

Donc la seule constante depuis plusieurs siècles se trouve au niveau des complaintes individuelles et collectives, avec comme variable le bouc émissaire à blâmer : l’impression, Internet, le mail, les terminaux mobiles, etc. Autrement dit, plus ça change plus c’est la même chose. Et la communauté tente de se rassurer autant que possible avec soit des artefacts technologiques soit des justifications absurdes.

La voie qui semble être la plus utile pour y remédier se trouve au niveau d’un accompagnement à la digital literacy et de manière plus globale, à l’information literacy. Une sorte de nouvelle alphabétisation des individus pour un rapport nouveau à l’information produite et consommée. Cette piste a déjà été évoquée par la poète Percy Shelly, en 1821, dans « A Defence of Poetry » : « We want the creative faculty to imagine that which we know; we want the generous impulse to act that which we imagine; we want the poetry of life … »

 

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0 Posted on 1 août, 2012 by Aref JDEY

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