Rares sont mes coups de gueule sur Demain la veille, puisque j’essaye toujours de construire et faire avancer les choses, sans tomber dans les critiques destructrices systémiques (puisque j’en ai ni l’envie ni le temps). Cette fois, j’estime qu’il est important de partager certains éléments critiques qui deviennent assez flagrants dans ce petit monde français de la veille et de l’intelligence économique.
Les faits :
Un groupe d’étudiants en M2 de l’ESIEE / MISTE, sous l’encadrement de deux tuteurs du corps enseignant, ont publié début septembre 2010, une cartographie des acteurs de l’intelligence économique en France. Le document final de 36 pages comporte à la fois le mode opératoire, la méthodologie de travail et les résultats.
Mes commentaires :
Si l’initiative est à saluer, vu la délicatesse de l’exercice, et qui a le mérite de lister des acteurs (selon les propos de Christophe
) elle comporte néanmoins une collection conséquente de biais méthodologiques, d’aberrations et de déformations de la réalité qui laissent tout professionnel qui se respecte sceptique sinon « admiratif de la portée de l’intelligence humaine ».
Je ne vais pas lister TOUS les biais et autres erreurs et non sens, mais je vous invite à consulter l’avis de Frédéric, qui en recense quelques uns, les plus flagrants. Je vais néanmoins pour ma part m’attarder sur d’autres points critiques.
D’abord, la production ou l’élaboration d’une typologie d’acteurs est toujours un exercice délicat. Mélanger le domaine d’intervention (territorial) avec le statut de la structure (institutions) ou encore le métier (conseil) sans expliquer la démarche intellectuelle et les postulats de départ qui ont permis de choisir et de privilégier ces catégories est synonyme d’un biais méthodologique majeur. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les études ou productions professionnelles sur le marché de la veille ou de l’intelligence économique en France sont très très rares ! Puisque tout simplement ça engage à mettre dans des cases des acteurs qui sont potentiellement voire effectivement intervenants sur plusieurs domaines ou segments d’activités.
Ensuite, aucun cadrage ni définition de périmètre ne sont mis en avant quant aux notions de l’intelligence économique ou de l’influence. Ceci signifie un territoire non identifié et donc le flou total dans ce qu’on peut faire dire aux sources et données collectées.
Quant au travail de sourcing, la méthode privilégiée ne peut tenir la route, puisqu’elle est tronquée dès le départ, en mélangeant du Weborama avec une sélection non exhaustive proposée le SCIE. Alors que plusieurs listes sont déjà proposées sur une simple recherche « liste blogs veille » sans parler forcément de ma cartographie subjective des blogs de veille et intelligence économique.
Ce même travail de sourcing donne lieu donc à des pépites, avec un site de jeu en ligne classé 3ème, un opérateur privé qui emploie régulièrement des spécialistes en intelligence économique, et qui dispose d’un blog externe parlant plutôt d’innovation…(Pour l’anecdote, j’ai eu affaire avec cet opérateur en 2006 pour propos diffamatoire sur Vtech), un blog des Editions Weka qui n’a pas été mis à jour depuis Mars 2010… et j’en passe…
Et je me demande comment ils n’ont pas pu identifier des acteurs comme l’INIST, GEOS, l’INPI, Histen Riller, Spotter, le Ministère de l’Intérieur, les DIRECCTE…
En outre, ce travail cite entre autres comme références bibliographiques les travaux de Luc Quoniam, sur la cartographie d’acteurs en IE. Je me demande comment ont-ils fait pour exploiter cette production de qualité ?!?
L’autre point qui à mes yeux est très dangereux, c’est l’utilisation à tout va de la cartographie. Il faut savoir que la cartographie n’a jamais été une fin en soi, ça reste un outil, mais c’est un outil à double tranchant ! Et le premier piège, c’est d’oublier de se poser la question du Pour Quoi ? (For What, ce qui est totalement différent du pourquoi / why). S’il n’y a pas un sens derrière, une objectivation, ça ne sert à rien. D’autant plus que le résultat final, qui plus est automatisé avec des outils, ne reflète et ne cartographie que les erreurs ou biais dans la méthode de travail ! Un Gephi est bête, un Gephi n’est pas intelligent ! Il ne fait que reproduire et automatiser ce que vous lui demandez de faire.
Mais ce qui me fait rédiger cet article et pousser ce coup de gueule, se résume dans les points suivants :
- L’Académie de l’intelligence économique qui cautionne ce travail dans des termes élogieux…
- Un portail régional de l’IE qui reprend l’annonce de publication
- Et enfin, payer 9500€ la formation pour fournir finalement un travail que je ne saurais qualifier, avec la caution notamment de la CCI de Paris…
No comment, l’IE est morte, vive l’IE, et longue vie à la gonfluence !






















