Infobésité : arrêtez avec ce non-sens

J’ai déjà abordé le sujet de l’infobésité (appelée également information overload) à plusieurs reprises sur ce blog, et récemment à travers l’article Death by information overload. J’expliquais en effet que cette situation de surabondance d’information était déjà présente avant même l’ère de Gutenberg.

Aujourd’hui je reviens à la charge en affirmant encore une fois que l’infobésité relève plutôt du non-sens puisque c’est une caractéristique intrinsèque de l’évolution de l’Homme et de son rapport à la connaissance. Récemment, le New York Times a publié un article invitant ses lecteurs à faire des pauses régulières dans l’utilisation des terminaux électroniques : iPad, Smartphone, Laptop… Selon le journal, le cerveau a besoin d’un temps de repos, (ah bon! je le savais pas!) et ce de manière régulière, pour éviter le burnout, et lui préserver toutes ses capacités de « calcul ».

At the University of Michigan, a study found that people learned significantly better after a walk in nature than after a walk in a dense urban environment, suggesting that processing a barrage of information leaves people fatigued. Even though people feel entertained, even relaxed, when they multitask while exercising, or pass a moment at the bus stop by catching a quick video clip, they might be taxing their brains, scientists say.

Cette utopie d’atteindre une situation d’équilibre entre « offre et demande » de l’information, fait le bonheur de plusieurs acteurs, à commencer par les éditeurs logiciels (search, veille, GED…) qui surfent sur la vague « la bonne information à la bonne personne au bon moment ».

Or, il faut savoir que déjà, à l’ère des livres, les mêmes problèmes se posaient aux utilisateurs et lecteurs : comment éviter les maux de tête et la fatigue pour trouver, lire et exploiter les bonnes ressources documentaires ? Robert Burton, dès 1621, soulevait ces problématiques de manière pertinente :

What a glut of books! Who can read them? As already, we shall have a vast Chaos and confusion of Books, we are oppressed with them, our eyes ache with reading, our fingers with turning. For my part I am one of the number–one of the many–I do not deny it…

Son ouvrage « The Anatomy of Melancholy » détaille dans tous les sens les symptômes et les difficultés de ce malaise général, de sur-information.

Cette thèse a été par ailleurs appuyée dans l’article Reading Strategies for Coping with Information Overload, ca.1550-1700, par Ann Blair. Cette production édifiante, démontre par exemple que les techniques du copier-coller sont déjà présentes à l’époque de l’imprimerie, et que les scientifiques et enseignants au 17ème siècle, ont développé des techniques de lecture nouvelles basées sur l’index alphabétique, la prise de note, les abréviations pour éviter de « tout lire » puisque la capacité humaine de lecture était dépassée par le volume des productions.

Tout ça pour dire que aborder la problématique de gestion stratégique de l’information (et non gestion de l’information stratégique) par l’angle de la sur-information revient à tourner en rond, puisque le taux de production de contenus sera toujours plus élevé que le taux d’absorption humain et d’assimilation des données.

La même situation, une sorte de digression, se trouve sur le plan alimentaire entre les MacDo, et autres services de consommation, est-on pour autant « submergé » par la bouffe ? C’est plutôt la conscience du fait qu’on a une capacité limitée de consommation qui nous « oblige » à s’organiser pour éviter de tomber dans l’excès (sauf exception bien sûr).

De ce fait, et impérativement, de nouvelles formes de lectures vont se développer, avec de nouveaux supports, de nouveaux canaux et de nouvelles difficultés et limites. L’adaptation humaine ne fait que se poursuivre.

Droits Photo : 1/ Yvan KAFKA 2/Wikipedia

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0 Posted on 29 août, 2010 by Aref JDEY · 10 comments

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10 comments

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  6. Semiopat

    Bonjour,
    En recherchant une définition du terme infobésité je tombe sur ce « vieux » billet, séduisant au premier abord, mais avec lequel je ne suis pas du tout d’accord à la fin de sa lecture. La différence entre la pléthore d’info des siècles précédents et celle d’aujourd’hui, c’est que celle d’aujourd’hui s’impose à vous, par les canaux auxquels vous êtes obligés de passer pour accéder à l’info pertinente pour votre requête du moment. On a besoin du mail pour échanger mais il est saturé par le spam (et les nombreux mails relais qui arrivent dans notre boite sans que nous soyons véritablement concernés); on ouvre un moteur de recherche pour trouver une information pertinente, et on trouve mille informations à côté de celle qui nous intéresse, y compris les informations commerciales qui font (bien) vivre le moteur de recherche…
    Les canaux d’info du web fonctionnent comme des agrégateurs, alors que ceux des bibliothèques, des cours, du bouche à oreille et des livres fonctionnaient comme des filtres, réduisant l’information pertinente au lieu de l’augmenter. De plus, là où une autorité détenait l’accès à la production d’information, de manière verticale, aujourd’hui, la production d’information se fait aussi, massivement (ce qui change des temps anciens dont il est question ici) de manière horizontale.
    Il ne s’agit pas seulement du développement exponentiel du savoir humain (et déjà là, on a franchi un gouffre avec l’imprimerie, un second gouffre avec la dématérialisation et la communication en réseau), il s’agit aussi de la réduplication massive de la même information, qui arrive par des tas de canaux différents, qu’on le veuille ou non, et dont les sources se citent les unes les autres.

    Donc oui, on peut parler de surenchère informationnelle ou de sur-information comme on a parlé de surconsommation: l’exemple du MacDo serait pertinent si l’obésité n’était pas devenue un problème de santé publique dans la majeure partie des pays occidentaux ou industrialisés, ce qui indique qu’il y a bien un surdimensionnement de l’offre par rapport à la demande.

    La seule chose avec laquelle je sois d’accord, c’est l’idée d’une évolution des pratiques de lecture, mais les types de lecture sont déjà variés avec la lecture papier, et selon le but même de la lecture (repérage, indexation, acquisition du contenu, lecture pour prise de note…). Là aussi, le changement est majeur, l’intertextualité de la lecture à l’écran étant intégrée au dispositif, alors qu’elle est externe dans la lecture papier.

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